Gagner son titre ou La résignation heureuse

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Alors que je me prépare à passer une quatrième nuit de canicule sur un lit d’appoint dans une chambre d’hôpital non-climatisée, je me sens particulièrement résignée. Résignée, mais sans dépit ni frustration. Non. Assez incroyablement, je suis en paix et je suis bien. En grande partie parce qu’Alice est presque remise de sa bronchiolite.

Même résignée, j’ai tout de même hâte de quitter l’hôpital. Et je suis extrêmement fatiguée. Jonathan et moi sommes brûlés par toutes les émotions, incertitudes et inquiétudes que nous avons vécues. En discutant ensemble tantôt, nous avons constaté que nous ne reviendrons pas tout à fait intacte de cette épisode intense. Quand nous sommes entrés à l’urgence samedi, nous étions, dans les faits, les parents d’Alice. Mais quand nous sortirons demain, nous serons réellement une famille. Je suis devenue une mère et Jonathan, un père.

Avant, le titre de mère ne résonnait pas vraiment en moi. C’était presque une technicalité: j’ai donné naissance, donc je suis une mère. Mais le mot ne fittait pas. Une mère, c’était comme ma mère. Moi j’étais une fille avec un bébé.

Je ne sais pas si certaines ont le « mère » intégré dès qu’on leur met leur nouveau-né dans les bras. Dans mon cas (et pareil pour Jon), ça a prit une épreuve aux allures de rite de passage. Après 5 jours de don de soi, de courage, de patience, de lâcher prise et d’amour fou, nous avons gagné notre titre. La résignation heureuse, c’est peut-être ça le seuil à atteindre.

Et comme pour nous récompenser, Alice a eu ses premiers rires sonores aujourd’hui.