Je vous ai menti

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Si au cours des deux dernières années, je vous ai dit que j’avais appelé dans une garderie pour ajouter Alice (ou Foetus Bélisle dans l’temps) sur une liste d’attente… ben c’était pas vrai. J’ai appelé dans une garderie pour la première fois, il y a quelques jours.

Je ne sais pas trop ce qui m’a pris, dire des menteries, c’est pas dans mes habitudes. En fait, au début, je disais la vérité, un peu candidement. Puis, avec l’accouchement imminent, j’ai senti un p’tit peu de stress. C’était sur ma to-do list, mais comme je n’aime pas particulièrement le téléphone et j’haïs encore plus quémander des choses à des gens que je ne connais pas, j’ai ignoré ce point. Le déni est mon meilleur ami.

Je crois aussi que je me suis mise à mentir à cause du stress post-traumatique causé par les faces ahuries des mamans expérimentées à qui j’en parlais. Leurs réactions allaient de l’incrédulité totale « tu me niaises? » à la condamnation « iiiiiiisch, t’es dans marde » en passant par le coup de pied dans l’cul « ben là! qu’est-ce que tu fais? ». Pour éviter la réprobation, j’ai fait comme ce que je faisais adolescente: j’ai menti aux mères et leur ai dit ce qu’elles voulaient entendre.

(Ma mère doit rire fort devant son écran en ce moment. Allô meuman!)

Ce qu’on veut entendre, c’est ce que tout le monde dit: c’est super compliqué avoir une place dans une bonne garderie (parce que les mauvaises, aucun problème). J’ai donc pris part à l’hystérie collective pour mieux m’intégrer à ma nouvelle gang, celle des parents stressés par leur retour au travail.

La twist, c’est qu’en tant que pigiste, je n’avais pas de date officielle de retour au travail. Pourquoi? Aucune job ne m’attendait à la fin de mes prestations du RQAP. J’ai fait ce que tout le monde fait sans deadline, c’est-à-dire rien.

Puis, Alice a eu un an et elle a fait une grosse crise d’asthme. Jonathan et moi nous sommes interrogés sur la nécessité de son entrée à la garderie et du coup du challenge immunitaire que ça représentait pour notre happy weezer. C’était risqué. Parallèlement, à ma grande surprise, j’étais encore bien à la maison et je ne ressentais pas le désir de retourner travailler. Vous me direz, « c’est sûr que t’avais pas le goût de te trouver une job Prairie, le printemps commençait ». Je vous dirai, « en effet ».

Toujours est-il qu’après une évaluation minutieuse du budget, on a statué: j’allais rester à la maison, encore pour quelques mois.

Presque six mois plus tard, j’y suis encore et j’y suis heureuse. J’ajouterais: je suis très chanceuse. Je suis consciente que c’est pas tout le monde qui peut se permettre de ne pas travailler.

Entre temps, j’ai découvert qu’il y a un autre monde que celui des CPE aux listes d’attente interminables où c’est temps plein ou rien. Où on doit user de stratagème pour devancer d’autres parents. Où je ne me reconnaît pas (quand j’y repense, je suis en totale résistance passive à ce système…). Il y a les haltes-garderies. C’est là que j’ai laissé Alice ce matin et où elle pourra tripper une fois de temps en temps alors que je vaque à des projets personnels et autres contrats sporadiques. Pour l’occasion, j’ai ressorti mon sac de la maternelle. Oui, je l’avais conservé. Rentrée 1987, y’all.

J’ai rayé mon nom pour y inscrire le sien. Ça fait partie du rite de passage.

Pis je vous promets que je ne mentirai plus pour fitter dans la gang. C’est sooooooooooo 1995…